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lundi 8 décembre 2008

Les amnésiques n'ont rien vécu d'inoubliable - H. Le Tellier

En voilà un titre prometteur ! On nous propose de la légèreté et de l'humour, et ça tombe bien. Hervé le Tellier, membre des Papous dans la tête et de l'Oulipo, nous propose mille réponses à la question "A quoi tu penses ?"

"Je pense que la majorité des gens est bien plus con que la moyenne." "Je pense que je ne saurai pas distinguer une jeune fourmi d'une vieille." "Je pense que j'aimerais bien partir en week-end avec Mme Bovary..."

Le Tellier pense aux femmes, au temps qui passe, à la littérature, aux choses banales et quotidiennes, toujours de manière décalée. C'est donc un bouquin à feuilleter, à reposer, à reprendre... Mais au travers de ce millier de pensées, on distingue l'angoisse de l'écrivain, soigneusement planquée sous un humour ravageur.

Les amnésiques n'ont rien vécu d'inoubliable, Hervé le Tellier, Castor Astral

mercredi 19 novembre 2008

L'agrume - V. Mréjen

L’agrume, c’est le surnom que se donne Bruno – et c’est un titre bien trouvé pour un livre donnant à voir la relation acide qu’il entretient avec la narratrice, une certaine Valérie Mréjen. Si lui est pédant, distant et assez manipulateur, la jeune femme se distingue par sa naïveté et sa passivité : « Je serais d’accord sur tout. Il n’en reviendrait pas d’avoir trouvé une personnalité pareille. »

Valérie Mréjen livre des anecdotes rédigées dans un style lapidaire. Sans vraiment s’impliquer, elle rapporte les petits évènements, les phrases-types de leur couple. Parfois l’ironie remonte à la surface : « Dans un café, pour commander la même chose que quelqu’un, il ne disait jamais « pareil » ni « moi aussi ». Il sautait sur cette occasion pour réfléchir sur le réel. Quelqu’un : Un café !Bruno : Le même, mais un autre. »

Le lecteur se retrouve catapulté dans les pensées de Valérie et donc impliqué dans ce couple bancal - et presque fasciné par lui. L’auteur décortique cette relation amoureuse par petites touches, qui peu à peu forment un dossier à charges, contre Bruno d’une part, mais aussi contre elle-même.

L’agrume fait partie d’une série de trois livres consacrés aux hommes : les deux autres sont des portraits du père (
Eau sauvage) et du grand-père (Mon grand-père). Ils sont regroupés dans Trois quartiers, aux éditions J’ai lu.

L'agrume, Valérie Mréjen, éditions Allia

lundi 3 novembre 2008

Faute de parler - Allain Glykos

Nous aimons la mère d’Alexandre, et la mère d’Alexandre est morte. Comme lui, nous apprenons à vivre sans elle. Pas de lyrisme, pas de mélodrame sur ce sujet douloureux par excellence. Pas de description non plus des derniers jours, de la déchéance physique imposée par la maladie. Non, aucune de ces choses. Juste des mots, des questions, une description distanciée des premiers pas dans l’absence. Des souvenirs aussi, et en parallèle, la souffrance d’un peuple. Allain Glykos écrit sa propre douleur, elle devient la nôtre.

« C’est mon premier premier janvier sans ma mère, Lena. Durant un an, chaque jour sera un premier jour sans ma mère. Premier printemps, premier Lundi de Pâques, première cerise, premier anniversaire. Elle n’appellera pas. Bon anniversaire mon grand. Et Alexandre passerait parce qu’elle aurait un petit quelque chose pour lui. Premier premier mai, avec le brin de muguet qu’elle aurait mis dans un verre de moutarde imprimé d’un personnage de bande dessinée dont elle ne connaissait même pas le nom.»

Les mots d’Allain Glykos nous enveloppent de leur douceur, parfois ils rejoignent tellement notre souffrance qu’ils peuvent faire mal, mais jamais longtemps, jamais sans nous apaiser juste après. De cette écriture, élégante, et surtout sensible, surgissent des images cristallines qui nous suivent tout au long de notre lecture, et nous accompagnent longtemps après la fermeture du livre.

Allain Glykos est publié essentiellement chez l’Escampette. Faute de parler (2005) est le troisième roman d’un cycle sur la famille débuté en 1997 avec Parle-moi de Manolis, puis Le silence de chacun, paru en 2002. Son dernier ouvrage, Aller au Diable, est paru en 2007.

vendredi 24 octobre 2008

La baïne - E. Holder

Sandrine et Julien forment un couple typique du Médoc. Lui travaille pour faire vivre sa famille; c'est l'Ingénieur. Elle, "la femme de l'Ingénieur"; s'occupe de enfants et de la maison. Elle rêve bien d'autres choses, mais son mari sait la remettre "à sa place". Cela pourrait continuer ainsi; mais arrive un jour l'Etranger, parisien et cinéaste. Il s'éprend de Sandrine, qui trouve là l'occasion de troquer son rôle de mère pour celui d'une femme indépendante. Ces trois personnages (le mari, la femme, l'amant) seront menés implacablement à la destruction. Car dans ce village du Médoc, les rares voisins veillent à la morale de tous et à l'honneur de chacun...

Eric Holder donne à ce court roman l'allure d'une légende moderne, laissant penser que le scénario se répète chaque saison. Derrière un beau portrait de femme s'ouvrant au monde, il donne à voir une société fermement convaincu de son droit d'ingérence et broyant les individus.

La baïne, Eric Holder, Points

jeudi 23 octobre 2008

La méthode Mila - L. Salvayre

Comment supporter la dégénérescence de sa mère sous son propre toit sans 1) se jeter par la fenêtre 2) la jeter par la fenêtre ? Voilà la question que se pose le narrateur de ce roman. Sortir de chez lui ? Pour les gens qu'il y a à voir... Alors, c'est du côté de la philosophie qu'il va chercher des solutions. Mais que peuvent Descartes et son célèbre Discours de la Méthode ?

Abreuvé de rationalisme jusqu'à plus soif, et pas mieux portant, le quadragénaire se confie à Madame Mila. Voyante sans don de voyance, cartomancienne sans cartes, elle croit aux vertus de l'invention. En bref : elle lui raconte des histoires. Oui, mais des histoires exotiques, abracadabrantes, exagérément romanesques. Et elle finit par remettre en route le fusible imagination...

Le récit prend la forme d'une lettre adressée à Descartes. N'ayez crainte, Lydie Salvayre est mille fois plus drôle, plus claire et plus foutraque que l'honorable philosophe. Et quelle joie de voir Descartes renvoyé dans ses pénates !

La Méthode Mila, Lydie Salvayre, Points